Déterminer l’origine d’un indice ou identifier une personne à partir d’une preuve biologique est essentiel en enquête pénale. Avant les tests ADN, les résultats n’étaient pas toujours concluants. Groupage sanguin, sérologie et autres outils ont été largement dépassés par les méthodes actuelles, qui ont révolutionné l’investigation.
Le premier test génétique était l’analyse du polymorphisme de longueur des fragments de restriction (RFLP), développée au début des années 1980. La criminalistique recherche constamment de nouvelles technologies : comme elle avait adopté la photographie dès sa disponibilité publique, elle a commencé à utiliser l’ADN au milieu des années 1980, presque immédiatement après son développement.
L’exactitude et la fiabilité de l’analyse ADN en font une composante majeure de l’enquête. Son succès a marqué experts et grand public, au point que la justice attend désormais cette preuve dans presque toute affaire, même lorsque d’autres indices seraient plus utiles. Elle peut identifier directement l’auteur ou innocenter une personne condamnée à tort.
L’ADN est le plan d’un organisme, contenant des informations sur la couleur des cheveux, des yeux et de la peau, la taille et l’anatomie. La partie codante représente seulement 2 % de l’ADN humain ; la criminalistique exploite les 98 % non codants. Développée au début des années 1990, la réaction en chaîne par polymérase (PCR), plus rapide, a remplacé le RFLP. Elle cible les courtes répétitions en tandem (STR), régions très variables permettant de relier un profil à une personne.
Il existe plusieurs types d’ADN. Une cellule normale possède deux structures qui en contiennent. Dans le noyau se trouvent les chromosomes autosomiques et sexuels. Ces derniers sont utiles dans les agressions sexuelles : lorsque le suspect est masculin et la victime féminine, l’étude des STR du chromosome Y permet d’écarter l’ADN de la victime. Transmis par la lignée paternelle, le Y est partagé par père, grand-père, frères et fils.
L’autre structure est la mitochondrie. L’ADN mitochondrial est transmis par la mère et partagé par les apparentés maternels. Plus abondant et se dégradant moins rapidement que l’ADN autosomique, il aide à identifier les disparus et les restes humains.
L’ADN est particulièrement précieux dans les infractions violentes : agressions sexuelles, homicides et tortures. Sperme, sang ou salive peuvent appartenir à l’auteur comme à la victime. Du sang correspondant à la victime sur un tapis chez le suspect peut la relier à ce domicile et révéler une nouvelle scène possible. Si l’auteur laisse quelque chose, conformément au principe des échanges de Locard, comme un mégot, une bouteille, un vêtement, de la sueur ou des pellicules, un profil peut être obtenu et comparé aux personnes concernées. Sans suspect ou en présence d’un corps non identifié, la base nationale de profils peut être interrogée.
L’analyse peut servir sur toute scène, mais les ressources limitées la réservent principalement aux agressions sexuelles, homicides et identifications de personnes disparues ou inconnues.
Elle permet aussi de réhabiliter des personnes condamnées à tort. De nombreuses révisions de condamnations reposent sur l’ADN, dont les analyses étaient inexistantes ou rudimentaires lors des procès initiaux.
Tout matériau biologique peut être source d’ADN : sperme, sueur, salive, urine, sang, cheveux, peau, dents, os, tissus et pellicules. Tout objet les contenant peut être prélevé, notamment :
- Chapeaux
- Gants
- Outils
- Sous-vêtements
- Masques
- Armes
- Literie
- Verres, tasses, bouteilles et canettes
- Linge
- Ongles et prélèvements sous-unguéaux
- Brosses, peignes et élastiques à cheveux
- Serviettes
- Vêtements
- Cigarettes
- Lunettes, lunettes de soleil et lentilles
- Préservatifs
Selon Locard, chacun laisse une trace, même en prenant des précautions. Un ADN trouvé là où il ne devrait pas être est particulièrement probant : un cheveu avec follicule et tissu à l’entrée d’une scène propre peut fournir un profil permettant de retrouver l’auteur.
Depuis le milieu des années 1980, les progrès permettent d’analyser des traces toujours plus petites. Une empreinte détectée sans destruction avec un appareil spécialisé tel que ForenScope 4K Pro, Contactless Fingerprint ou Mobile Multispectral Tablet peut fournir une faible quantité d’ADN, appelée ADN de contact. Celui-ci peut être recueilli partout, y compris sur une ecchymose du corps de la victime.
Les profils sont comparés aux suspects et aux personnes liées aux faits. Des échantillons d’exclusion sont aussi prélevés auprès des partenaires sexuels consentis, premiers intervenants, enquêteurs et analystes afin de les écarter et de réduire les erreurs.
Les principales étapes au laboratoire sont :
- Extraction : sortir l’ADN de la cellule.
- Quantification : mesurer la quantité disponible.
- Amplification : multiplier cette quantité.
- Séparation : séparer les produits amplifiés pour les identifier.
- Analyse et interprétation : comparer la preuve aux références disponibles.
- Assurance qualité : revoir les rapports pour garantir leur exactitude.
Les résultats prennent la forme d’électrophérogrammes montrant le matériel génétique à chaque locus. Un profil complet comporte un ou deux pics, les allèles, par locus. Un seul indique le même marqueur hérité des deux parents ; deux, des marqueurs différents. Les pics doivent dépasser un seuil quantitatif pour être exploités. Les images montrent une concordance avec le suspect aux quatre premiers loci, mais les treize doivent être testés de la même manière.
En pratique, les preuves contiennent souvent un mélange de plusieurs ADN. Dans l’exemple ci-dessous, chaque marqueur du suspect est présent dans le profil mélangé recueilli.
L’absence d’un allèle à un locus produit un profil partiel, notamment en cas de dégradation, d’ADN endommagé ou de pics inférieurs au seuil requis.
Les résultats sont comparés aux échantillons ou aux bases de profils puis intégrés aux rapports d’enquête.
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