Toxicologie médico-légale
L’empoisonnement semblait permettre de tuer sans être découvert, faute de signes visibles d’homicide. Cela a changé en 1840, avec la naissance de la toxicologie médico-légale.
Lors de sa première affaire, une femme a été démasquée grâce à de petites quantités d’arsenic détectées dans les indices et le corps de la victime.
Marie Lafarge, née Marie Capelle, souhaitait épouser un homme riche. Charles Lafarge, ruiné après la Révolution française, lui avait caché sa situation. Au lieu de la richesse promise, elle découvrit des dettes. Il refusa sa demande de séparation en promettant de trouver de l’argent. Pendant un voyage d’affaires à Paris, elle lui écrivit puis lui envoya un gâteau de Noël. Après en avoir mangé, il tomba malade et le jeta, pensant qu’il s’était abîmé pendant l’envoi. À son retour, le médecin diagnostiqua le choléra et ne soupçonna rien lorsque Marie demanda de l’arsenic contre les rats qui dérangeaient son mari la nuit.
Après s’être procuré l’arsenic, Marie en ajouta de petites doses au thé de Charles, qui mourut en un mois. Une parente s’était inquiétée de la voir mélanger une « étrange poudre blanche » à ses repas et boissons. Après le décès, la famille fit part de ses soupçons à la police.
Un aliment suspect contenait de petites quantités d’arsenic, mais les premiers tests n’en trouvaient pas dans le corps. Le tribunal demanda l’aide de Mathieu Orfila, père de la toxicologie. Il constata que le test de Marsh avait été mal exécuté et confirma la présence d’arsenic. Marie fut reconnue coupable et condamnée à perpétuité.
La toxicologie existait déjà : Orfila avait publié en 1813 le premier ouvrage complet sur les poisons, le « Traité des poisons ». Dans les années 1830, le chimiste britannique James Marsh développa une méthode de détection de l’arsenic, devenue le test de Marsh.
Cette affaire illustre la rapidité d’adaptation de la criminalistique aux avancées techniques. Comme nous le rappelons dans ce blog, elle recherche constamment de nouveaux outils. Le test de Marsh fut adopté presque immédiatement, comme la photographie forensique.
La toxicologie médico-légale poursuit trois objectifs principaux :
- Établir la présence de substances pouvant causer la mort ou y contribuer.
- Établir la présence de substances susceptibles de modifier le comportement.
- Détecter des substances et déterminer leur utilisation directe ou une exposition.
Bien que cet article porte surtout sur les examens post mortem, la discipline ne se limite pas aux homicides, suicides et morts suspectes. Elle intervient dans les contrôles routiers d’alcoolémie, le dépistage du dopage sportif, le suivi thérapeutique, les urgences toxicologiques et les contrôles de drogues chez les agents d’organismes publics.
Les examens post mortem soulèvent notamment les questions suivantes :
- Dans quels cas recourt-on à la toxicologie médico-légale ?
- Quels prélèvements peut-on effectuer et pourquoi ?
- En cas de surdose suspectée : la dose était-elle excessive, a-t-elle contribué au décès, la substance a-t-elle réellement été consommée et sa concentration pouvait-elle être mortelle ?
- Une drogue ou un toxique est-il présent alors que le rapport de police n’en mentionne pas l’usage ?
- Dans un décès de cause naturelle : le bon médicament a-t-il été pris, en quantité incorrecte ou pas du tout ?
Dans quels cas recourt-on à la toxicologie médico-légale ?
- Suicides
- Homicides
- Morts suspectes
- Accidents de la route
- Accidents industriels
- Décès liés aux drogues
- Expositions professionnelles
- Intoxications aux métaux lourds
- Expositions à des poisons
Quels échantillons recueillir ?
- Contenu gastrique
- Sang
- Urine
- Bile
- Humeur vitrée
- Os et moelle osseuse
- Foie
- Rein
- Cheveux
- Ongles
Contenu gastrique : Les médicaments et toxiques étant souvent ingérés, ce prélèvement fournit diverses informations. Une substance allergène peut être rapprochée d’une réaction aiguë et de signes d’asphyxie. Lors d’intoxications aiguës ou de surdoses, de fortes concentrations peuvent persister selon le délai entre ingestion et décès. Des comprimés ou capsules non digérés accélèrent l’identification.
Sang : C’est le principal échantillon pour détecter, identifier, quantifier et interpréter les substances présentes avant la mort. Leur concentration renseigne sur le moment de prise et leur effet au décès. La redistribution post mortem complique l’analyse : le potassium augmente par exemple après la mort, ce qui gêne l’étude d’un décès par hyperkaliémie. Les traitements hospitaliers peuvent également modifier les résultats. Les prélèvements de l’admission et immédiatement antérieurs au décès doivent donc être comparés aux résultats post mortem.
Urine : Très fréquente dans les contrôles professionnels, elle n’est pas toujours disponible après le décès. La pharmacocinétique varie selon les substances et le résultat ne reflète pas directement leur effet au moment de la mort. Il indique toutefois leur présence antérieure dans le sang.
Humeur vitrée : Ce gel transparent contenu dans l’œil est utile pour rechercher divers médicaments et l’alcool.
Foie : Des organes solides sont également prélevés à l’autopsie. Le foie est prioritaire, car il métabolise la plupart des toxiques, drogues et médicaments. Certains s’y concentrent et restent détectables même sans résultat sanguin ou urinaire.
Rein : Organe de filtration sanguine et de métabolisation de certains médicaments et drogues, il renseigne sur les substances qu’il traite.
Cheveux : Une contamination externe peut diminuer la valeur des constatations. Les cheveux permettent d’étudier amphétamines, opioïdes, cannabinoïdes et alcool, notamment une consommation importante durant les derniers mois de vie. Ils servent aussi à rechercher les métaux lourds et certaines expositions professionnelles.
Ongles : Ils sont peu utilisés, car les connaissances sur l’incorporation des toxiques y sont limitées et l’interprétation difficile.
Les toxicologues analysent ces échantillons par des méthodes spécialisées en tenant compte du dossier. Certaines substances sont recherchées systématiquement, d’autres sur suspicion. Le tableau présente des exemples fréquents, variables selon les lieux et les circonstances. Lors des incidents de Miami liés à Flakka, l’alpha-pyrrolidinopentiophénone, cathinone synthétique psychoactive et stimulante, sa recherche était ainsi fréquente dans la région mais pas ailleurs.
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Quelles substances figurent dans le bilan post mortem habituel ? |
Quelles substances non systématiques sont fréquemment demandées par les enquêteurs ? |
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Éthanol et son métabolite ; méthanol. Acétone pour rechercher une éventuelle acidocétose. |
Diéthylamide de l’acide lysergique (LSD) |
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Acétaminophène (paracétamol) |
Gamma-hydroxybutyrate (GHB) |
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Tramadol |
Monoxyde de carbone |
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Acides salicyliques |
Cyanure |
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Antihistaminiques |
Herbicides et pesticides |
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Antipsychotiques |
Métaux et métaux lourds |
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Antidépresseurs, notamment tricycliques et ISRS, et benzodiazépines. |
Antiarythmiques comme la digoxine |
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Alcaloïdes tropaniques comme la cocaïne et ses métabolites. |
Cathinones synthétiques comme l’alpha-pyrrolidinopentiophénone (Flakka) |
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Cannabinoïdes, THC et ses métabolites. |
Cannabinoïdes synthétiques |
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Stimulants : amphétamine, méthamphétamine, MDMA, éphédrine et caféine. |
Dépresseurs du système nerveux central : phénobarbital, butalbital et autres barbituriques. |
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Opioïdes : codéine, méthadone, morphine et héroïne. |
Anticonvulsivants contre les convulsions et l’épilepsie. |
Les immunoessais sont les tests de dépistage les plus courants. Des anticorps réagissent à des substances spécifiques et donnent un résultat positif ou négatif, vrai ou faux, distinction essentielle à l’interprétation. Les positifs sont confirmés par chromatographie et spectrométrie de masse.
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Vrai positif : |
la substance est correctement détectée. |
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Faux positif : |
le test indique une substance absente, par réaction croisée ou contamination. |
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Vrai négatif : |
le test confirme correctement l’absence de la substance. |
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Faux négatif : |
le test ne détecte pas une substance présente. |
La chromatographie liquide haute performance ou gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (HPLC-MS et GC-MS) peut également être utilisée. De plus en plus répandues, ces méthodes identifient les substances inconnues et les quantifient, ce qui est nécessaire à une interprétation correcte.
Enfin, le pathologiste ou médecin légiste rassemble interprétations toxicologiques, autopsie, antécédents médicaux, état connu de la personne et indices pertinents pour établir la cause et les circonstances du décès dans le rapport final.


